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Mieux connaître les écosystèmes côtiers pour ainsi mieux les protéger

Le 2 février 2021, est l’occasion de rappeler l’importance des mangroves et de tous les écosystèmes qui y évoluent à travers la célébration de la Journée Mondiale des Zones Humides. A cette occasion, Michèle Pernak qui travaille à l’ifremer au sein de l’unité LEEISA à Cayenne, nous invite à partager son quotidien de scientifique sur le littoral. Depuis plus d’un an Michèle a pour mission principale d’effectuer un inventaire du patrimoine biologique vivant dans les estuaires, mangroves et eaux côtières et de cartographier les habitats abritant ces communautés en Guyane. Embarquez avec elle le temps d’une une saison en mer.

Utilisation d’un filet bongo. © Michèle Pernak

Les projets BioCotEs (Biodiversité côtière et estuarienne) et NurseHab (Characterisation of near-shore habitats as nurseries for fish and shrimp communities) cherchent à mieux connaître les écosystèmes côtiers. Au sein de ces projets, Michèle Pernak est chargée de faire un inventaire des organismes présents dans les estuaires, mangroves et eaux côtières afin de mieux protéger, gérer et valoriser toute cette biodiversité. La scientifique a quatre missions principales :

La récolte. Principalement des larves de poissons et des crevettes. Dans la main de Michèle, une méduse. © Michèle Pernak
  • – Participer aux campagnes d’échantillonnage des poissons et invertébrés marins présents dans différents habitats côtiers et estuariens de Guyane.

  • – Effectuer les mesures physico-chimiques et les prélèvements biologiques.

  • Trier les échantillons collectés et identifier les espèces recueillies (les larves et juvéniles de poissons et crustacés, et la macrofaune benthique).

  • – Contribuer à l’analyse de données et à la mise en place de bases de données.

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Récolter et analyser

En Guyane, l’année est communément découpée en deux saisons : la saison des pluies et la saison sèche. Les scientifiques organisent alors leur travail autour de ces périodes. Michèle Pernak et son collègue ingénieur Yann Rousseau, doivent généralement partir une journée complète sur le terrain afin d’échantillonner un estuaire et la mangrove d’un fleuve.
Si lors des sorties de 2020, les scientifiques ont pu travailler en autonomie à bord d’une « coque alu » du CNRS sur les fleuves Cayenne et Mana, ils peuvent également compter sur l’appui d’équipes de professionnels. Michèle et Yann se sont notamment fait aider lors de l’échantillonnage de l’Approuague, un estuaire vaste et parfois compliqué à appréhender, qui a nécessité l’aide d’un piroguier professionnel. Les échantillonnages côtiers, au niveau des embouchures des fleuves Cayenne, Mana, Approuague et Sinnamary, et des Iles du Connétable ont pour leur part demandé le support d’une équipe. Le pilote et le marin qui accompagnaient les scientifiques les ont assistés sur la manipulation des engins de pêche.

Lors de leurs échantillonnages, les objectifs sont multiples. Les scientifiques doivent :

  • Prélever des larves et juvéniles de poissons et crustacés.

  • Prélever la macrofaune (organismes dont la taille est comprise entre 4 et 80 mm) présente dans le sédiment.

  • Prélever la méiofaune (organismes dont la taille est comprise entre 0.1 et 1 mm) présente dans le sédiment.

  • Caractériser le milieu par des analyses physico-chimiques : analyse des nutriments (nitrate, nitrite, phosphate et ammonium), concentration en chlorophylle a dans l’eau et le sédiment, quantité de matière organique dans l’eau et le sédiment, quantité de métaux dans les organismes et le sédiment, granulométrie. Les scientifiques vont également utiliser une sonde pour récolter les données de salinité, température, pH, turbidité, pression, concentration en oxygène dissous et conductivité de l’eau.

Une récolte, principalement de larves de poissons et crevettes. © Michèle Pernak

Des conditions de travail compliquées

Benne à sédiments. © Michèle Pernak

Le travail des chercheurs n’est pas que blouses blanches et ustensiles en verre. Lors de ces missions en bateau, les scientifiques et leur équipe ont parfois du débarquer afin d’évoluer à pieds, se débattant avec le sol envasé qui ralentissait considérablement leur avancée. Si les journées de saison sèches sont plutôt très chaude et ensoleillé, un échantillon a malheureusement été perdu lors de la sortie côtière à cause des conditions météorologiques et d’une mer trop agitée et certains filets se sont décrochés obligeant ainsi tout le monde à recommencer l’échantillonnage faute de données suffisantes. Malgré ces conditions parfois difficiles, les objectifs ont été atteints, tous les sites ont été échantillonnés et les données physico-chimiques récoltées.

Au total, Michèle et Yann ont passé 8 jours en mer pour la partie « saison sèche » de leur mission. Évidemment et pour compliquer leur organisation, les prélèvements doivent être effectuer à la nouvelle lune car c’est le moment où les coefficients de marée sont les plus forts et donc la période où les scientifiques ont le plus de chance de récolter des larves. Les mêmes missions seront effectuées durant la saison des pluies. Les mêmes sites seront échantillonnés, avec les mêmes engins de pêche et les mêmes méthodes. Cela permettra entre autres de pouvoir comparer les données récoltées durant les deux saisons.

Fliets, bongos et luges: les outils d’échantillonnage

Pour échantillonner au niveau de l’estuaire les scientifiques utilisent des filets à larves qu’ils immergent plusieurs fois d’affilé. Au niveau de la mangrove, à la sortie de trois chenaux, ils posent un verveux, un filet de pêche en forme de nasse, maintenu ouvert et reposant au fond de l’eau. Les larves s’y retrouveront piégées à la marée descendante.
Sur la côte, Michèle et Yann utilisent une luge épibenthique qui se pose sur le substrat ainsi qu’un filet à larves appelé bongo composé de deux filets.
Pour le sédiment, les scientifiques utilisent toujours une benne à sédiments et cela quel que soit le lieu.

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