Une étude publiée en mai 2012 dans la revue Flora, à laquelle a contribué Dawn Frame (Herbier IRD de Guyane, au sein de l’unité de recherche AMAP), décrit les fleurs d’une plante de la famille des cherimoyas (Annonacées) : elles imitent des champignons aux odeurs répugnantes, membres du groupe des Satyres puants (famille des Phallaceae), afin d’attirer un coléoptère qui joue le rôle de pollinisateur.
Duguetia cadaverica : c’est le nom de cette plante qui a été étudiée à la station de recherche des Nouragues. Il s’agit d’un petit arbre de sous-bois qui pousse dans la forêt humide primaire, des Guyanes jusqu’à l’état du Pará au Brésil.
Duguetia cadaverica © Dawn Frame
Contrairement à la plupart des espèces de la famille des cherimoyas, cette plante présente des fleurs qui « puent » et qui sont à l’origine de son nom « cadaverica ». Pour mieux comprendre le mode de pollinisation de ces fleurs fétides, les chercheurs ont étudié la biologie reproductrice de cette plante et ont analysé la composition chimique de ses odeurs florales.
Fleur de Duguetia cadaverica © Dawn Frame
Les chercheurs ont décrit la senteur comme « rappelant à la fois… un camembert bien fait, des champignons et des vieilles chaussettes humides avec une pointe d’odeur de vomi… »
Les analyses des senteurs florales ont démontré la présence d’un mélange inhabituel de trois classes chimiques ; les plus abondants appartiennent à un groupe de molécules qui donnent aux champignons leur odeur caractéristique de terre et de moisissure. Les deux autres classes de molécules qu’ils ont trouvées sont associées à du fromage et à des cadavres en décomposition.
Récolte des odeurs florales de Duguetia cadaverica © Dawn Frame
Les seuls insectes qui entrent dans les fleurs sont des petits coléoptères appartenant à une seule espèce, Pycnocnemus sp. (Nitidulidae), qui est nouvelle pour la science étant donné qu’elle n’a pas encore été décrite. Remarquons que l’on trouve normalement ce groupe de coléoptères uniquement sur des champignons, connus sous le nom de « stinkhorn mushrooms », (Phallales) sur lesquels ils se nourrissent et se reproduisent.
À partir de ces informations et de preuves supplémentaires, les chercheurs tirent la conclusion suivante : les fleurs de Duguetia cadaverica imitent les « stinkhorn mushrooms » grâce à des signaux visuels et olfactifs pour tromper les coléoptères qui viennent alors les polliniser.
Ce système particulier est une illustration de la « saprocantharophily », c’est-à-dire la pollinisation par des coléoptères (-cantharophily) attirés par de la matière en décomposition ou des ‘décomposeurs’ (sapro-). Ce mode de pollinisation est assez rare et connu de quelques plantes parmi les Araceae et les Hydnoraceae (un parasite des racines).
Les fleurs qui imitent les fructifications de champignons sont encore plus rares ; ce phénomène est connu seulement chez trois familles (les Araceae, les Aristolochiaceae et les Orchidaceae) ; dans ces cas, les pollinisateurs sont des mouches qui se retrouvent emprisonnées pendant un temps dans la fleur. Les chercheurs qui ont étudié Duguetia cadaverica soulignent que la chambre florale ouverte de Duguetia cadaverica est très différente des fleurs “à piège”; pour cette raison et pour d’autres, les mouches ne peuvent pas être des pollinisateurs de cette plante.
Références de la publication :
A novel pollination mode, saprocantharophily, in Duguetia cadaverica (Annonaceae): A stinkhorn (Phallales) flower mimic
Holger Teichert, Stefan Dötterl, Dawn Frame*, Alexander Kirejtshuk, Gerhard Gottsberger.
Revue Flora, volume 207, pages 522-529.
* Corresponding author.
Pour accéder à la publication : http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0367253012000898